ᚹ

Wynn

joie, allégresse

Avoir assez, ne connaître aucun tourment immédiat et disposer de remparts solides

Sound
w /w/
Position
8
Group
Ætt de Freyr
Descended from
Futhark ancien Wunjo (*wunjō)
Unicode
U+16B9
Temporalité
Une période d'apaisement
Oui / Non
Oui

À l'endroit

  • joie
  • contentement
  • bien-être
  • suffisance
  • appartenance
  • un foyer paisible
  • sécurité
  • fraternité

In the rune poems

Wenne bruceþ, ðe can weana lyt sares and sorge and him sylfa hæfþ blæd and blysse and eac byrga geniht.

Il jouit de la joie, celui qui connaît peu de tourments, peu de peines et de chagrins, et qui possède pour lui-même prospérité et félicité, ainsi que des places fortes en nombre suffisant.

Poème runique en vieil anglais · Wynn

Across the scripts

ᚹ

Wunjo

Futhark ancien

L'ancêtre, reconstitué sous la forme *wunjō, la joie, et la rune qui clôt le premier ætt avant le début du cycle plus âpre.

—

Non conservée

Futhark récent

Écartée lors du passage à seize caractères. Le vieux norrois ne possédant plus de son /w/ distinct nécessitant une lettre propre, elle n'avait plus d'utilité.

ᚹ

Wynn

Futhorc anglo-saxon

Conservée intacte, elle a, tout comme Þorn, intégré l'alphabet latin : wynn servait à noter le son /w/ sous la forme ƿ dans les manuscrits en vieil anglais.

Le bonheur décrit par la négative

Voici une autre rune qui ne subsiste que dans un unique témoignage, et ce texte consacre l'essentiel de ses vers à décrire ce que la joie n'est pas.

Wenne bruceþ, ðe can weana lyt sares and sorge : il jouit de la joie, celui qui connaît peu de tourments, peu de peines et de chagrins. Les deux tiers de cette définition énumèrent simplement des maux absents.

Ce n'est qu'ensuite qu'apparaissent les éléments positifs, concrets plutôt qu'émotionnels : blæd, la prospérité ; blysse, la félicité ; et byrga geniht.

Wynn n'évoque donc ni extase ni réjouissances tapageuses. Elle décrit l'état d'un foyer où rien ne défaille pour l'heure et où l'on ne manque de rien. Les ouvrages modernes qui la réduisent à une félicité béate ou à une allégresse spirituelle extrapolent bien au-delà de ce que dit la source.

Des places fortes en nombre suffisant

Byrga geniht constitue la formule qui donne toute sa singularité à la strophe, et les traductions désireuses de limiter ce poème aux sentiments ont coutume de l'omettre.

Burg désigne un lieu fortifié, une place forte ou un bourg ceint de murailles. Geniht exprime la suffisance, le fait d'avoir assez. Le poète place cette notion aux côtés de la prospérité et de la félicité comme une véritable composante de la joie.

Il s'agit là d'une conception du bonheur formulée par des hommes pour qui la sécurité matérielle n'avait rien d'acquis. Elle s'inscrit dans un territoire jalonné de burhs, ce réseau de cités fortifiées édifié par le roi Alfred à travers le Wessex pour contrer les armées scandinaves, et disposé de telle sorte qu'aucun village ne se trouve à plus d'une journée de marche d'un refuge. Le terme subsiste partout dans la toponymie anglaise, à travers les suffixes -bury et -burgh.

Le lecteur contemporain conçoit volontiers la joie comme un état intérieur. Cette strophe l'envisage au contraire comme un ensemble de conditions extérieures, parmi lesquelles figurent des remparts solides.

La lettre wynn

À l'instar de Þorn, cette rune a dépassé le cadre de son alphabet d'origine.

Le latin ne disposant d'aucune lettre pour noter le son /w/, les premiers scribes anglo-saxons ont d'abord tenté d'employer le digraphe uu, avant d'emprunter directement cette rune. La lettre ƿ est ainsi devenue le « w » standard des manuscrits en vieil anglais durant plusieurs siècles.

Elle n'a guère survécu à la conquête normande. Les scribes normands lui préféraient le double « u » auquel ils étaient accoutumés, origine directe de notre lettre moderne w : le nom anglais double-u décrit littéralement l'expédient typographique qui a supplanté la rune.

Les éditions contemporaines de textes en vieil anglais remplacent presque systématiquement ƿ par w sans le mentionner, en partie par souci de lisibilité et en partie pour éviter la confusion visuelle entre ƿ et þ à l'impression. La plupart des lecteurs découvrant Beowulf en vieil anglais le lisent donc sans soupçonner la présence originale de cette rune.

En tirage

À l'endroit, Wynn dépeint une situation stabilisée, bien plus paisible que son mot-clé ne le laisse supposer.

Si Sigel incarne le soleil éclatant et Ger la rentrée des récoltes, Wynn représente la soirée qui leur succède : rien d'exceptionnel, aucun éclat particulier, mais un foyer parfaitement ordonné. En consultation, elle signale plus souvent le dénouement d'une épreuve que la survenue d'un événement inédit.

La dimension collective demeure essentielle. La joie évoquée par la strophe est domestique et partagée plutôt qu'individuelle. Wynn apparaît donc fréquemment dans les tirages portant sur le sentiment d'appartenance, et souligne le fait de se trouver parmi les siens plutôt que de savourer un plaisir isolé.

La formule byrga geniht lui confère un sens précis et souvent sous-estimé : la sécurité comme condition du contentement. Wynn se révèle particulièrement rassurante lorsqu'on cherche à savoir si une situation est suffisamment protégée pour que l'on puisse enfin baisser la garde.

Questions to sit with

  • Selon les critères du poème, avec peu de tourments et peu de peines, comment vous portez-vous réellement ?
  • Où vous trouvez-vous entouré de gens tout en restant isolé ?
  • Qu'est-ce qui est aujourd'hui en bon ordre dans votre vie sans que vous ne l'ayez remarqué, simplement parce que rien ne fait défaut ?

Foire aux questions

La joie, bien que la strophe la définisse principalement en creux : la joie appartient à celui qui ne connaît que peu de tourments, de peines et de chagrins. Ce n'est qu'ensuite qu'elle y ajoute la prospérité, la félicité et des places fortes en nombre suffisant. Il s'agit d'un état de contentement et d'abondance mesurée plutôt que d'une vive exaltation.

Byrga geniht, la suffisance en places fortifiées, citée aux côtés de la prospérité et de la félicité comme une composante de la joie. Cette notion renvoie au réseau de burhs, ces villes fortifiées créées par le roi Alfred et réparties de manière qu'aucune communauté ne se trouve à plus d'un jour de marche d'un refuge. C'est une définition du bonheur où les murailles font partie intégrante de la sérénité.

Oui. L'alphabet latin n'ayant aucune lettre pour noter le son /w/, les scribes anglo-saxons ont emprunté cette rune, et ƿ est devenue la forme standard du « w » dans les manuscrits en vieil anglais pendant plusieurs siècles. Les scribes normands lui ont préféré le double « u », d'où proviennent notre « w » moderne et son appellation anglaise double-u. La plupart des éditions contemporaines du vieil anglais remplacent discrètement ƿ par w.

Parce qu'elle a disparu lors de la transition vers le Futhark récent. Le vieux norrois n'ayant plus de son /w/ distinct nécessitant un signe propre, la lettre n'avait plus de fonction. Les poèmes norvégien et islandais ne recensant que les seize runes subsistantes, cette strophe en vieil anglais constitue notre unique témoignage.

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