ᛏ

Týr

le dieu Týr

Le prix payé d'avance pour qu'un lien tienne

Sound
t /t/, /d/
Position
12
Group
Ætt de Týr
Descended from
Futhark ancien Tiwaz (*Tīwaz)
Short-twig form
ᛐ
Unicode
U+16CF
Temporalité
Au moment du jugement
Oui / Non
Oui, si vous êtes dans votre droit et prêt à en payer le prix

À l'endroit

  • justice
  • loi
  • un serment
  • sacrifice pour une entrave
  • victoire
  • honneur
  • un prix accepté
  • ce qui tient

In the rune poems

Týr er æinendr ása; opt værðr smiðr blása.

Týr est le manchot parmi les Ases ; le forgeron doit souvent souffler.

Poème runique norvégien · Týr
Týr er einhendr áss ok ulfs leifar ok hofa hilmir. Mars tiggi.

Týr est le dieu manchot, les restes du loup et le prince des temples. Mars ; prince.

Poème runique islandais · Týr

Across the scripts

ᛏ

Tiwaz

Futhark ancien

L'ancêtre. Son nom descend du proto-indo-européen *dyēus, le père céleste, la même racine que Zeus et Jupiter.

ᛏ

Týr

Futhark récent

Inchangée dans sa forme et son nom, elle couvre désormais le d comme le t. Les deux strophes norroises le disent manchot et supposent que le lecteur en connaît la raison.

ᛏ

Tir

Futhorc anglo-saxon

L'Angleterre a gardé la forme, mais sa strophe décrit une étoile fidèle à sa course, sans nommer aucun dieu.

Les restes du loup

Ulfs leifar. C'est le kenning le plus sobre du poème islandais et il désigne la main manquante de Týr.

L'histoire est tenue pour acquise, non racontée. Les dieux devaient enchaîner Fenrir, le loup destiné à tuer Óðinn au Ragnarök. Deux chaînes avaient cédé. La troisième, Gleipnir, fut forgée par des nains à partir de six éléments impossibles (le bruit des pas d'un chat, la barbe d'une femme, les racines d'une montagne, les nerfs d'un ours, le souffle d'un poisson et la salive d'un oiseau), prenant l'aspect d'un ruban de soie. Fenrir flaira un piège et n'accepta d'être lié que si un dieu mettait sa main dans sa gueule en gage de bonne foi.

Týr s'avança. Le lien tint bon. Le loup lui trancha la main d'un coup de dents. La Gylfaginning note que tous rirent, hormis Týr.

Le trait qui donne son sens à la rune est que le gage était trompeur mais fut payé jusqu'au bout. Týr savait que le ruban résisterait et donna sa main en sachant qu'il la perdrait, car sans un gage offert avec une apparente loyauté, l'entrave n'aurait jamais pu avoir lieu. Le dieu des serments est celui qui paya le prix fort pour une parole donnée sans intention d'honnêteté.

C'est une figure bien plus complexe qu'un simple dieu de la justice, et c'est pourquoi cette rune n'annonce jamais une victoire facile.

Le forgeron doit souvent souffler

Le second vers norvégien ressemble au remplissage coutumier, mais ici il prend un sens particulier.

Opt værðr smiðr blása : le forgeron doit souvent souffler, c'est-à-dire actionner le soufflet. Il fait rimer ása avec blása, ce qui explique sa présence immédiate.

Mais placé sous l'évocation d'un dieu manchot, il se lit comme une remarque sur le travail qui ne vaut que s'il est soutenu. Un bas fourneau doit rester à température des heures durant ; cessez de souffler et la fonte entière est perdue. Lus ensemble, les deux vers associent un sacrifice consenti une fois pour toutes à un effort qui doit être répété sans relâche. Tous deux sont le prix exigé pour que quelque chose tienne.

C'est peut-être plus que ce que le poète avait en tête. Les seconds vers du poème norvégien ne sont fréquemment que de simples rimes.

L'instruction sur les runes de victoire

C'est la raison précise pour laquelle Týr pèse plus lourd dans la tradition norroise que dans le Futhark ancien.

La strophe 6 du Sigrdrífumál, dans l'Edda poétique, met en scène la valkyrie Sigrdrífa enseignant à Sigurðr quelles runes graver. Elle commence par les runes de victoire : grave-les sur la garde de l'épée, sur le pommeau et sur la lame, et nomme Týr par deux fois.

C'est l'unique passage de la littérature norroise où une rune précise est prescrite pour un dessein magique déterminé dans un ensemble d'instructions. Le reste du poème poursuit avec les runes de bière, de naissance, de mer, de membres, de parole et d'esprit, sans qu'aucune autre ne mentionne une lettre individuelle de cette manière.

Deux précautions s'imposent. Le poème date du XIIIe siècle et rapporte un passé légendaire ; il témoigne donc des croyances des Islandais médiévaux plutôt que des pratiques des graveurs de l'âge viking. Toutefois, l'archéologie concorde : des runes t répétées et empilées figurent bel et bien sur des garnitures d'armes à travers le monde germanique.

Cette alliance entre une instruction littéraire explicite et un motif archéologique concordant constitue le faisceau d'indices le plus probant pour une rune du corpus. Ce n'est pas encore une preuve absolue.

Prince des temples

Le troisième kenning de la strophe islandaise est hofa hilmir, prince des temples, et il ne manque pas de singularité.

À l'époque où le poème fut rédigé, Týr était devenu une figure secondaire dans la mythologie conservée, loin derrière Óðinn et Þórr. Pourtant, l'étymologie indique l'inverse : Tíwaz remonte au père céleste proto-indo-européen, la même racine que Zeus et Jupiter, ce qui laisse penser qu'il régna jadis sur le panthéon avant d'être évincé.

Hofa hilmir pourrait être un vestige de cet ancien prestige. La toponymie confirme un culte bien réel : Tyrseng et Tislund au Danemark, tout comme le mot mardi dans les langues germaniques (Tuesday), calque du latin dies Martis. La glose islandaise établit la même équivalence en l'associant à Mars, là où elle reliait Óðinn à Jupiter.

Les Romains étaient parvenus à cette conclusion d'eux-mêmes. Tacite cite Mars parmi les dieux germaniques recevant des sacrifices.

En tirage

Týr incarne une justice assortie d'un prix, et la tradition scandinave rend ce tribut plus explicite que la tradition anglaise.

À l'endroit, elle favorise quiconque est véritablement dans son droit, et compte parmi les rares runes défavorables à un consultant qui ne l'est pas. Elle s'accorde aux litiges juridiques, aux querelles formelles et à tout ce qui dépend d'une procédure et d'un verdict.

Elle marque immanquablement le moment où une issue juste exige de renoncer à quelque chose. Rien d'un geste symbolique : la main de Týr ne repousse pas. Dans un tirage, cela désigne souvent ce que le consultant devra consentir à perdre pour obtenir le dénouement qu'il espère.

L'instruction du Sigrdrífumál ajoute une lecture martiale (le succès dans une lutte), mais il convient de remarquer que même là, les runes sont gravées sur une arme que l'on doit porter et manier soi-même.

Questions to sit with

  • À quoi devriez-vous renoncer pour que cette situation trouve une issue juste ?
  • L'engagement que vous cherchez pourra-t-il tenir sans que personne n'en paie le prix ?
  • Týr savait le serment trompeur et l'honora malgré tout. Que vous doit-on que vous ne recevrez jamais ?

Foire aux questions

Elle tire son nom du dieu Týr et symbolise la justice, la loi et l'honneur liés à un sacrifice nécessaire. Les deux poèmes norrois le décrivent manchot, et l'islandais y ajoute ulfs leifar, les restes du loup, désignant sa main coupée.

Les dieux devaient entraver le loup Fenrir avec le ruban Gleipnir, et celui-ci n'accepta que si un dieu posait sa main dans sa gueule en gage de bonne foi. Týr le fit en sachant que le lien tiendrait et que sa main serait perdue. La Gylfaginning rapporte que tous rirent, hormis lui. Le serment était trompeur mais fut payé jusqu'au bout.

La strophe 6 du Sigrdrífumál ordonne de graver des runes de victoire sur la garde, la poignée et la lame d'une épée, en nommant Týr deux fois. C'est l'unique passage de la littérature scandinave désignant une rune précise pour un usage magique explicite, et des runes t superposées ornent des armes d'époque. Rédigé au XIIIe siècle, le poème témoigne de croyances médiévales.

Sans doute comme vestige d'un statut plus ancien. Son nom dérive du père céleste proto-indo-européen (même racine que Zeus et Jupiter), suggérant qu'il trôna à la tête du panthéon avant d'être effacé par Óðinn. Des toponymes danois attestent un culte durable, et Tuesday dérive du latin dies Martis.

Parce que le poète islandais assimile Týr au dieu romain de la guerre, une association que les Romains avaient faite de leur côté. Tacite nomme Mars parmi les dieux germaniques honorés par des sacrifices. Le même poème associe Óðinn à Jupiter et Þurs à Saturne.

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