ᚑ

Onn

frêne

Ce qui vous porte et peut aussi vous blesser

Les glyphes oghamiques sont affichés en Unicode, disposés de gauche à droite. Sur une pierre dressée, les lettres se lisent de bas en haut le long de l'arête ; cette présentation linéaire est donc une convention pratique plutôt qu'un fac-similé.

Sound
o /o/
Position
17
Group
Aicme Ailme
Root meaning
onn, frêne : un nom d'arbre authentique, écarté de façon unique par les glossateurs
Medieval tree gloss
ajonc (imposé, alors que le nom désignait déjà un arbre)
Unicode
U+1691
Temporalité
En mouvement
Oui / Non
Oui, avec précaution

À l'endroit

  • le frêne
  • une hampe de lance
  • des roues
  • ce qui porte
  • une blessure
  • subsistance guerrière
  • parenté avec le bouleau
  • rude épreuve

In the rune poems

congnaid ech

blessant les chevaux

Bríatharogam Morainn mac Moín · Onn
lúth fían

subsistance des bandes guerrières

Bríatharogam Maic ind Óc · Onn
bráthair bethi

frère du bouleau

Bríatharogam Con Culainn · Onn

Le seul qu'ils n'avaient pas à forcer

Il s'agit du cas le plus singulier de tout l'alphabet, et sa singularité prend le contre-pied exact de tous les autres.

Partout ailleurs, les glossateurs médiévaux partaient d'un mot désignant un lingot, un champ, une rougeur ou la terreur pour lui plaquer arbitrairement un arbre. Ici, ils disposaient d'un nom qui était déjà un arbre : le vieil irlandais onn désigne en effet le frêne. Pourtant, ils ont choisi de lui assigner l'ajonc, aiten.

Ils n'avaient strictement rien à faire. Le nom se prêtait d'emblée à leur dessein. Et ils l'ont écarté.

Ce simple fait en dit plus long sur la tradition de l'alphabet des arbres que toutes les contorsions réunies. Il prouve que cette liste ne résulte pas d'une recherche étymologique méthodique ponctuée de quelques extrapolations. Elle a été assemblée de bric et de broc, puisant à des sources hétérogènes et à des époques distinctes, par des lettrés qui ne se consultaient pas. C'est au cours de ce cheminement qu'un authentique frêne s'est trouvé délogé par un ajonc sans que nul n'y prenne garde.

L'ogham se retrouve ainsi avec deux lettres revendiquant le frêne. Nin, qui désigne une fourche, s'est vu gloser comme un frêne. Onn, qui désigne le frêne, a été attribué à une autre plante.

Blessant les chevaux

Congnaid ech est le plus ardu des trois kennings et celui qui suscite le plus de débats.

Une première lecture renvoie directement au frêne. En Europe du Nord, le frêne est le bois par excellence des hampes de lance : fil rectiligne, résistance aux chocs et souplesse suffisante pour ne pas éclater. Or, une lance blesse les chevaux, et le choc d'une cavalerie contre une ligne de piquiers constitue un affrontement aussi précis que sanglant.

Une deuxième interprétation le rattache à l'ajonc, ce qui vient appuyer la glose médiévale. L'ajonc est hérissé d'épines redoutables, et un cheval contraint de traverser un tel fourré en ressort tailladé. C'est peut-être précisément la raison pour laquelle les glossateurs ont songé à l'ajonc, raisonnant à rebours à partir de ce kenning plutôt qu'à partir du nom de la lettre.

Une troisième piste associe congnaid aux pièces de harnachement ou aux roues : le frêne constituait le bois usuel pour les éléments de chars, de charrettes et pour les manches d'outils, précisément parce qu'il encaisse les chocs sans se fendre.

Lúth fían, « subsistance des bandes guerrières », s'accorde parfaitement avec l'arme d'hast et la vie des fíana. De son côté, bráthair bethi, « frère du bouleau », affirme sans détour une parenté entre deux essences forestières. C'est l'un des indices les plus manifestes que l'auteur de cette liste avait bel et bien un arbre à l'esprit pour cette lettre, quoi qu'ait pu décider l'Auraicept par la suite.

Le frêne à travers deux alphabets

Le frêne est l'un des rares arbres à posséder une lettre à la fois dans l'ogham et dans les runes germaniques, et les deux traditions l'interprètent de manière quasi identique.

La rune anglo-saxonne Æsc tire son nom du frêne. Sa strophe en vieil anglais décrit un arbre démesurément haut, cher aux hommes, solide sur sa base et qui tient son rang même assailli par de nombreux guerriers. Cette dernière proposition s'interprète généralement comme un glissement de l'arbre vers la lance taillée dans son bois, car le vieil anglais æsc désigne les deux réalités : une lance fermement tenue au cœur du mur de boucliers, inébranlable sous les coups.

Pour Onn, le kenning lúth fían, « subsistance des bandes guerrières », formule exactement le même constat du point de vue irlandais.

Ces deux alphabets ne partagent aucune origine commune. Aucun n'a emprunté à l'autre. Tous deux ont pourtant associé indépendamment une lettre au frêne, et tous deux ont aussitôt songé aux armes de guerre, car le frêne est le bois dont on façonne les hampes de lance, et nul ne l'ignorait de part et d'autre de la mer d'Irlande.

En tirage

Onn est le matériau qui porte et qui blesse.

Le frêne est le bois des hampes, des manches, des roues et des essieux : ce par quoi la force humaine se transmet au monde extérieur. On le choisit pour cette qualité précise : il ploie sous la charge, reprend sa forme et ne vole pas en éclats. Dans un tirage, Onn signale les moyens d'action : l'outil, le véhicule ou le dispositif par lequel l'effort d'une personne s'applique concrètement.

Congnaid ech y adjoint une mise en garde. Les propriétés qui font du frêne une excellente hampe en font également une lance redoutable, et le kenning le plus saisissant de cette lettre évoque la blessure infligée à une monture. Onn peut ainsi désigner un instrument qui épuise ou blesse ce qui le transporte.

Bráthair bethi apporte un troisième éclairage plus mesuré : la parenté, et plus particulièrement l'association de deux réalités de même nature. Le bouleau constituait la première lettre de l'alphabet, et Onn renvoie directement à elle.

Les jeux contemporains lui attribuent généralement l'ajonc, en lui prêtant des notions de rassemblement, de moisson et d'espoir. Cette lecture ne fait qu'entériner une glose tardive ayant écrasé un nom d'arbre pourtant authentique.

Questions to sit with

  • Par quel moyen votre effort se transmet-il concrètement au monde ?
  • Ce qui vous porte est-il blessé à force de vous porter ?
  • Ils avaient la réponse exacte sous les yeux et en ont choisi une autre. En quel domaine êtes-vous en train d'écarter ce qui fonctionnait déjà ?

Questions fréquentes

Le frêne. En vieil irlandais, onn est un authentique nom d'arbre, ce qui en fait le cas le plus singulier de tout l'alphabet : les glossateurs médiévaux lui ont pourtant attribué l'ajonc, écartant ainsi un mot qui correspondait déjà parfaitement à leur système.

Nul ne le sait, et c'est bien là l'essentiel. Cela montre que la liste des arbres s'est constituée de façon hétérogène, à partir de sources distinctes et à des époques différentes, par des lettrés qui ne se relisaient pas. L'ogham se retrouve ainsi avec deux lettres associées au frêne : Nin, qui signifie une fourche, a été glosé comme frêne, tandis qu'Onn, qui signifie véritablement frêne, ne l'a pas été.

C'est le kenning le plus controversé de cette lettre. Il peut désigner le frêne en tant que bois de lance, une arme d'hast servant à blesser la cavalerie. Il peut également renvoyer à l'ajonc, dont les épines acérées déchirent la peau d'un cheval qui traverse un fourré, ce qui expliquerait pourquoi les glossateurs ont pensé à cette plante. Enfin, il peut faire référence aux pièces de chars et de charrettes, traditionnellement taillées dans le frêne.

Pas par filiation : ces alphabets n'ont aucun lien de parenté et aucun n'a emprunté à l'autre. En revanche, tous deux ont indépendamment consacré une lettre au frêne et ont aussitôt songé aux armes. La strophe en vieil anglais glisse de l'arbre à la lance façonnée dans son bois, tandis que le kenning d'Onn qualifie la lettre de subsistance des bandes guerrières.

Le matériau qui porte et qui blesse. Le frêne étant le bois des hampes, des manches, des roues et des essieux (les éléments qui transmettent la force humaine au monde), il symbolise le moyen par lequel l'effort s'exerce concrètement. Le kenning du cheval y associe un avertissement : l'instrument peut blesser ou épuiser ce qui le transporte.

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