Emancholl
jumeau du noisetier
Un redoublement ; deux éléments identiques qui se croisent
Les glyphes oghamiques sont affichés en Unicode, disposés de gauche à droite. Sur une pierre dressée, les lettres se lisent de bas en haut le long de l'arête ; cette présentation linéaire est donc une convention pratique plutôt qu'un fac-similé.
- Sound
- ae à l'origine /x/, le ch de loch ; plus tard la diphtongue ae
- Position
- 25
- Group
- Les forfeda
- Root meaning
- eman, jumeau + coll, noisetier : une description du tracé même de la lettre
- Medieval tree gloss
- noisetier dédoublé (qui découle du nom au lieu de lui être imposé)
- Unicode
- U+1699
- Temporalité
- Aucune réponse traditionnelle n'a subsisté
- Oui / Non
- Aucune réponse traditionnelle n'a subsisté
À l'endroit
- un jumeau
- un redoublement
- une paire
- une répétition
- un son rauque
- une difficulté
- deux éléments semblables
- une intensification
In the rune poems
lúad sáethaig
gémissement d'une personne malade
les kennings des forfeda sont fragmentaires et varient selon les manuscrits
aucun deuxième ou troisième kenning fiable n'a subsisté
Un nom qui décrit sa propre construction
Emancholl est un mot composé : eman, jumeau, et coll, noisetier. Le jumeau du noisetier.
Coll est la neuvième lettre, le C, et ce nom ne renvoie nullement à l'arbre : il désigne la lettre elle-même. Emancholl est formée de deux C entrelacés à travers la ligne d'arête, littéralement un Coll dédoublé, et son nom l'indique sans détour.
Elle constitue ainsi la seconde lettre autodescriptive des forfeda aux côtés d'Uilleann, nommée d'après sa forme coudée. Toutes deux sont des lettres de scribes, conçues sur un pupitre plutôt qu'issues du monde vivant, et toutes deux trahissent l'époque et le mode d'élaboration des forfeda.
Sa valeur phonétique obéit à la même logique. Coll note /k/ ; un Coll redoublé donne /x/, la fricative du mot écossais loch ou de l'allemand Bach. Le redoublement de la lettre en durcit l'articulation.
Un kenning qui reproduit le son
Lúad sáethaig désigne le gémissement ou la plainte d'un sáethach, une personne malade ou affligée, et c'est assurément le trait d'esprit le plus savoureux du corpus oghamique.
La lettre représentait /x/, une consonne fricative vélaire sourde produite en chassant l'air à travers la gorge rétrécie. C'est le bruit d'un raclement de gorge, d'une toux rauque ou d'un gémissement de douleur.
Le kenning ne cherche donc pas à gloser un sens abstrait : il en imite le son. Prononcez /x/ et vous émettez le râle d'un malade ; la formule nomme ce bruit et, par là même, désigne la lettre.
C'est le même procédé que l'on observe dans les kennings d'Ailm, qui décrivent l'émission vocale plutôt qu'un référent extérieur. Ce sont les deux seules lettres de l'alphabet à fonctionner ainsi : Ailm est la voyelle ouverte du cri, tandis qu'Emancholl est le râle qui racle la gorge. L'une et l'autre relèvent de la métalinguistique, montrant que leurs auteurs réfléchissaient à la phonétique en tant que telle.
Puis elle devint une voyelle
Comme les autres forfeda, Emancholl fut prise dans la réorganisation savante des manuscrits.
Lorsque les scribes décidèrent que la cinquième aicme devait former une série ordonnée de diphtongues vocaliques, le /x/ de cette lettre fut abandonné au profit de la valeur ae. Un signe forgé pour noter une consonne rude, et baptisé d'après une consonne redoublée, se transforma ainsi en voyelle.
Le kenning a survécu à ce remaniement, ce qui nous permet de le connaître aujourd'hui, mais il reste désormais rattaché à une lettre dont la prononciation ne produit plus le râle qu'il décrivait.
La tradition des arbres eut la tâche facile pour une fois. Le nom intégrant déjà coll, le noisetier, la glose médiévale se contenta d'attribuer à nouveau le noisetier, simplement dédoublé. C'est la seule forfid où l'attribution végétale découle du nom au lieu de lui être surimposée, et cela tient uniquement au hasard d'un mot botanique présent dans son appellation.
En tirage
Aucune tradition divinatoire stable n'est attachée à Emancholl, et les jeux divinatoires modernes qui en proposent une procèdent d'une reconstruction tardive.
Ce que la lettre apporte véritablement, c'est l'idée de dédoublement. Elle juxtapose deux fois le même caractère croisé sur lui-même, et son phonème originel intensifie une consonne plus simple. Dans un tirage, cela se traduit par une répétition, une paire, un événement qui se produit deux fois, ou une situation qui se durcit par rapport à ce qui a déjà été vécu.
Lúad sáethaig apporte un second éclairage, plus sombre, qui constitue l'unique contenu légué par la tradition des kennings : l'écho d'une personne qui souffre. C'est l'épreuve exprimée par la voix plutôt que théorisée. Ce signe ne constitue pas un présage médical et ne doit pas être interprété comme tel, mais il marque le moment précis où la tension devient audible.
Le lien avec le noisetier reste suggéré par le nom, mais ce lien renvoie d'abord à la lettre Coll plutôt qu'au végétal. Emancholl ne se rapporte ni aux noisettes ni à la quête du savoir : elle signale simplement la lettre Coll survenant deux fois.
Questions to sit with
- Qu'est-ce qui se produit ici une seconde fois alors que vous le traitez comme un événement isolé ?
- S'agit-il d'une nouvelle difficulté ou d'une version plus âpre d'un obstacle déjà rencontré ?
- Le kenning correspond au bruit d'une tension qui devient audible. Qu'est-ce qui vient de se faire entendre ?
Questions fréquentes
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