ᛁ

Íss

glace

Une surface que l'on peut franchir mais à laquelle on ne doit pas se fier

Sound
i /i/, /e/
Position
9
Group
Ætt de Hagal
Descended from
Futhark ancien Isa (*īsaz)
Unicode
U+16C1
Temporalité
Jusqu'au dégel ; une saison, pas une décision
Oui / Non
Pas encore

À l'endroit

  • glace
  • immobilité
  • point mort
  • passage incertain
  • suspension
  • clarté
  • péril invisible
  • préservation

In the rune poems

Ís kǫllum brú bræiða; blindan þarf at læiða.

La glace, nous la nommons large pont ; l'aveugle doit être guidé.

Poème runique norvégien · Íss
Íss er árbörkr ok unnar þak ok feigra manna fár. glacies jöfurr.

La glace est l'écorce des rivières, le toit de la vague et la ruine des hommes condamnés. Glace ; prince.

Poème runique islandais · Íss

Across the scripts

ᛁ

Isa

Futhark ancien

L'ancêtre. Sa strophe en vieil anglais est la seule des trois à consacrer l'essentiel de ses vers à louer la beauté de la glace.

ᛁ

Íss

Futhark récent

Forme inchangée, portant désormais aussi le son e après la disparition d'Ehwaz. Dans l'alphabet réduit, cette hampe brute est la composante sur laquelle repose chaque rune.

ᛁ

Is

Futhorc anglo-saxon

A conservé la forme et le son d'origine sans devoir intégrer le son e, l'Angleterre disposant d'une lettre distincte pour cette voyelle.

L'armature de l'alphabet

Dans le Futhark récent, cette rune cesse d'être une simple lettre élémentaire pour devenir l'unité structurelle de toute l'écriture.

Avec seulement seize caractères, presque chaque signe est constitué d'une hampe verticale complétée d'un ou deux traits obliques. Les variantes à rameaux courts réduisent ces traits au point que la différence entre les lettres ne tient qu'à quelques millimètres d'inclinaison et de hauteur. Íss est la hampe nue, sans aucun ajout.

Les conséquences sont bien concrètes dans l'ensemble du corpus gravé. Une Nauðr usée se lit comme une Íss. Une éraflure fortuite se lit comme une Íss. Une série de traits verticaux peut correspondre à plusieurs runes i, un séparateur de mots, une ornementation ou une dégradation de la pierre, souvent impossible à trancher. Dès qu'une inscription s'altère, c'est vers cette lettre que tout converge.

Elle a également assumé une charge phonétique accrue. Ehwaz ayant disparu lors de la réduction de l'alphabet, le son e est venu s'associer ici. Un seul trait droit couvre désormais /i/ et /e/.

Le large pont

La strophe norvégienne ne compte que deux lignes, mais concentre plus de sens que presque toute autre dans le poème.

Ís kǫllum brú bræiða : la glace, nous la nommons large pont. Dans une région de fjords, de cours d'eau et de lacs sans réseau routier véritable, le gel redessinait le territoire. Une rivière gelée devenait voie carrossable ; un lac pris par les glaces offrait un raccourci. C'est en hiver que les charges lourdes se déplaçaient en traîneau sur des eaux muées en sol ferme.

Puis vient la suite : blindan þarf at læiða, l'aveugle doit être guidé.

Ce second vers assure la rime ordinaire du poème (bræiða contre læiða) tout en formulant la mise en garde la plus nette de la strophe. Le pont existe, mais sa solidité demeure invisible. Impossible d'évaluer l'épaisseur de la couche depuis la rive. Celui qui ignore l'état de l'eau a impérativement besoin d'un guide averti.

La strophe islandaise restitue cette même ambivalence en trois métaphores poétiques (kenningar) : árbörkr, l'écorce des rivières, et unnar þak, le toit de la vague (toutes deux décrivant une enveloppe rigide sur un courant mouvant), suivies de feigra manna fár, la ruine des hommes condamnés, qui emploie feigr, le terme scandinave précis pour désigner celui dont l'heure est déjà venue.

En tirage

Íss incarne la suspension. Ni défaite ni décision : un état d'arrêt où nul mouvement n'est pour l'heure envisageable.

L'apport de la tradition nordique à l'interprétation du Futhark ancien réside dans cette image du pont. Cette glace ne constitue pas seulement un obstacle ; elle offre une surface franchissable, mais la traversée comporte un risque qu'il est impossible de mesurer depuis l'endroit où l'on se tient. Dans un tirage, elle signale une route réelle qu'il ne faut pas emprunter seul ni sur de simples suppositions.

La notion de préservation demeure : la glace retient ce qu'elle fige, de sorte que rien ne se perd tandis que rien ne progresse. Et la clarté issue de la tradition vieil-anglaise subsiste également, bien que les poèmes scandinaves ne la développent guère : les eaux s'apaisent et deviennent limpides.

Le versant implacable tient au mot feigr. La strophe islandaise n'affirme pas que la glace frappe aveuglément ; elle précise qu'elle détruit ceux qui sont déjà voués au trépas, ce qui correspond en vieux norrois à un destin déjà scellé. C'est une vision fataliste plutôt qu'un conseil de prudence, et il importe de ne pas en édulcorer la force.

Ísrúnar

La rune donne son nom à l'un des systèmes de chiffrement médiévaux : les ísrúnar, ou runes de glace.

Le procédé repose sur la méthode cryptographique nordique classique : chaque lettre est codée par le numéro de son ætt et son rang au sein de cet ætt, les deux valeurs étant transcrites par des séries de traits verticaux. Dans la variante ísrún, ces traits sont de simples hampes de longueurs variables, ce qui signifie que l'ensemble du message codé s'écrit uniquement à l'aide de la silhouette de cette rune.

L'agencement est ingénieux : la forme élémentaire dans laquelle finissent par s'effacer les signes gravés est aussi celle qui permet de dissimuler le sens de tous les autres.

Questions to sit with

  • S'agit-il d'un mur ou d'un pont, et comment le discerner d'où vous vous trouvez ?
  • Qui a déjà traversé ce passage, et avez-vous sollicité son avis ?
  • Rien ne bouge et rien ne se perd. Qu'est-ce qui est devenu visible pendant cette interruption ?

Foire aux questions

La glace, et en tirage, la suspension : une période où tout mouvement est temporairement interrompu. La strophe norvégienne la qualifie de large pont tout en prévenant qu'il faut guider l'aveugle. La strophe islandaise la nomme écorce des rivières, toit de la vague et ruine des hommes condamnés.

Parce qu'elle servait concrètement de voie de passage. Dans un paysage accidenté de fjords et de lacs sans routes aménagées, le gel transformait les cours d'eau en voies de transport pour les traîneaux chargés de lourdes marchandises. L'avertissement du second vers rappelle qu'on ne peut juger de l'épaisseur de la glace depuis la surface.

Parce que dans un alphabet de seize signes, presque chaque lettre repose sur une hampe verticale pourvue d'une ou deux branches, et Íss est la hampe nue sans artifice. Une lettre abîmée, une rayure ou une suite de traits indéterminés prennent facilement son apparence. Elle a aussi recueilli le son e après l'abandon d'Ehwaz.

L'expression en vieux norrois est feigra manna fár, où feigr désigne expressément une personne promise à une mort inéluctable. La strophe ne présente pas la glace comme un péril ordinaire, mais comme l'instrument par lequel s'accomplit un sort déjà scellé, selon une perspective fataliste.

Les runes de glace, un système scandinave médiéval d'écriture cryptée. Une lettre est codée selon son numéro d'ætt et son rang, exprimés par des traits verticaux de longueurs distinctes. Tout le chiffrement s'exécute ainsi avec la seule silhouette de cette rune.

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